Introduction
Dans le débat sur le changement climatique, il est souvent question des coûts associés à la transition vers des énergies propres et durables. Cependant, ce que l’on oublie parfois de souligner, c’est le prix de l’inaction. En France par exemple, le réchauffement climatique fait déjà sentir ses effets, et les conséquences économiques deviennent de plus en plus palpables. Des inondations aux vagues de chaleur en passant par les perturbations agricoles ou encore la perte de biodiversité, les coûts de l’inaction climatique sont déjà lourds et risquent de devenir encore plus insupportables à long terme.
Inondations : des dévastations financières et humaines
L’une des conséquences les plus visibles du changement climatique en France est l’augmentation des événements météorologiques extrêmes, notamment les inondations. Les crues soudaines dévastent les régions, détruisant des infrastructures, des maisons et des terres agricoles. Mais ces événements vont bien au-delà des dommages matériels. En effet, le changement climatique intensifie le cycle hydrologique, augmentant la fréquence et l’intensité des précipitations extrêmes. Des tempêtes plus puissantes et des pluies torrentielles entraînent un ruissellement accru et une saturation des sols, ce qui augmente le risque d’inondations fluviales et urbaines.
L’artificialisation des sols, souvent liée à l’urbanisation et au développement des infrastructures, est un facteur majeur qui accroît le risque d’inondations. Lorsque les sols naturels sont recouverts par des surfaces imperméables telles que le béton, le bitume ou les constructions, l’eau de pluie ne peut plus s’infiltrer dans le sol comme elle le ferait naturellement. Au lieu de cela, elle s’écoule rapidement en surface, augmentant le ruissellement et les volumes d’eau qui convergent vers les cours d’eau et les systèmes de drainage. Cette concentration accrue d’eau peut rapidement dépasser leur capacité de traitement, provoquant des inondations soudaines et dévastatrices dans les zones urbaines et périurbaines. De plus, l’artificialisation des sols réduit la capacité des écosystèmes naturels à absorber et à réguler les eaux pluviales, ce qui aggrave encore les risques d’inondations. Ainsi, l’expansion urbaine et l’artificialisation des sols jouent un rôle prépondérant dans l’augmentation de la vulnérabilité aux inondations, mettant en évidence l’importance de planifier et de gérer judicieusement l’utilisation des terres pour réduire ces risques. Les inondations entraînent des drames humains et des traumatismes psychologiques difficiles à gérer. Le coût financier des inondations en France est considérable et varie d’une année à l’autre en fonction de l’ampleur et de la fréquence des événements.
Cependant, les coûts peuvent être nettement plus élevés lors d’événements majeurs. Ces coûts comprennent les réparations des infrastructures endommagées, la restauration des habitations et des biens, les pertes économiques pour les entreprises et les perturbations des services publics. En outre, les inondations ont également des répercussions sur les compagnies d’assurance, qui doivent faire face à des demandes d’indemnisation importantes, et sur les finances publiques, qui doivent mobiliser des fonds pour soutenir les efforts de reconstruction et de prévention des risques. Par exemple, les inondations à répétition que connaît le Pas-de-Calais depuis novembre 2023 représentent un coût des sinistres s’élevant à 550 millions d’euros, pris en charge par les assurances et par la Caisse centrale de réassurance (CCR). Le gouvernement a commandé en mai 2023 un rapport sur l’assurabilité des risques climatiques avec la nécessité de faire des propositions pour améliorer la prévention et l’adaptation. En résumé, les inondations représentent un fardeau financier significatif pour la France, soulignant l’importance cruciale d’investir dans des solutions de prévention de ces risques.
Vagues de chaleur : un risque sanitaire et économique
La France n’est pas épargnée par les vagues de chaleur qui se multiplient à travers le globe. Ces périodes de températures extrêmes mettent en péril la santé des citoyens, en particulier des populations vulnérables comme les personnes âgées et les enfants. Les hôpitaux voient affluer les patients souffrant de coups de chaleur, de déshydratation et d’autres problèmes de santé liés à la chaleur.
Le changement climatique et l’artificialisation des sols sont deux facteurs interdépendants qui contribuent à l’augmentation des températures extrêmes. Tout d’abord, le changement climatique, résultant de l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, amplifie le phénomène de réchauffement planétaire. Cela se traduit par des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses. Parallèlement, l’artificialisation des sols, souvent associée à l’urbanisation et à l’expansion des zones urbaines, conduit à la création de surfaces imperméables telles que le béton et le bitume. Ces surfaces absorbent la chaleur du soleil pendant la journée et la restituent lentement la nuit, créant ce que l’on appelle l’effet d’îlot de chaleur urbain. En conséquence, les zones urbaines deviennent souvent plus chaudes que les zones rurales environnantes, exacerbant ainsi les vagues de chaleur et rendant les températures encore plus extrêmes. Cette combinaison de facteurs crée un cercle vicieux où le changement climatique et l’artificialisation des sols se renforcent mutuellement pour intensifier les phénomènes de chaleur extrême, mettant en danger la santé et le bien-être des populations urbaines et périurbaines.
Sur le plan économique, les vagues de chaleur ont des répercussions sur la productivité, notamment dans les secteurs de la construction, de l’agriculture et du tourisme. D’après une article paru dans NOVETHIC le 19 Octobre 2023, la sécheresse géotechnique et ses conséquences sur le retrait-gonflement des argiles apparaît comme le péril le plus préoccupant compte tenu du montant des dommages qu’elle engendre et de leur forte évolution future. En 2022, les fissures des maisons causées par la sécheresse sont devenues le sinistre lié aux aléas climatiques le plus coûteux pour les assurances avec un coût réévalué par la Caisse centrale de réassurance (CCR) à 3,5 milliards d’euros. Dans le domaine de l’agriculture, les sécheresses peuvent entraîner des pertes de rendement et des dommages aux cultures, ce qui se traduit par des pertes financières pour les agriculteurs. Selon le Ministère de l’Agriculture français, les sécheresses de 2018 ont entraîné des pertes estimées à près de 2 milliards d’euros pour le secteur agricole français. Concernant l’approvisionnement en eau, les sécheresses peuvent affecter les ressources en eau douce, réduisant les niveaux des rivières, des lacs et des nappes phréatiques. Cela peut entraîner des coûts supplémentaires pour la gestion des ressources en eau, tels que le pompage d’eau souterraine supplémentaire ou le transport d’eau vers les zones touchées.
Biodiversité : un bien précieux et une source d'économie
La perte de biodiversité entraîne des coûts financiers significatifs à plusieurs niveaux. Tout d’abord, la biodiversité est fondamentale pour le bon fonctionnement des écosystèmes, qui fournissent une multitude de services écosystémiques essentiels tels que la pollinisation des cultures, la purification de l’eau, le contrôle des ravageurs et la régulation du climat. La diminution de la biodiversité peut compromettre la résilience et la stabilité de ces écosystèmes, entraînant une diminution de la productivité agricole, une augmentation des coûts de purification de l’eau et une augmentation des dommages causés par les ravageurs.
Enfin, la perte de biodiversité peut également entraîner des coûts liés à la restauration et à la réhabilitation des écosystèmes dégradés. Ces coûts peuvent être considérables, surtout lorsque des interventions humaines sont nécessaires pour restaurer les fonctions écologiques perdues. La France quant à elle figure à la 10ème place parmi les pays les plus impactés, à hauteur de 8,4 milliards de dollars chaque année d’ici 2050, soit 173 milliards de dollars d’ici 2050, environ l’équivalent du PIB de la Slovaquie (rapport du WWF).
En résumé, la perte de biodiversité entraîne des coûts financiers importants à travers une gamme de secteurs économiques, soulignant l’importance de la conservation et de la préservation de la biodiversité pour assurer la durabilité économique à long terme.
Agriculture : une menace pour la sécurité alimentaire
L’agriculture française est confrontée à des défis croissants en raison du changement climatique. Les variations des températures et des précipitations perturbent les cycles de croissance des cultures, réduisant les rendements et la qualité des récoltes. Le dérèglement climatique représente une menace croissante pour la sécurité alimentaire en France et dans le monde. Les variations des températures, des précipitations et des événements météorologiques extrêmes perturbent les cycles de croissance des cultures, réduisent les rendements agricoles et compromettent la disponibilité des ressources en eau.
En France, une étude menée par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) estime que le rendement des cultures céréalières pourrait diminuer de 10 à 20 % d’ici 2050 en raison du changement climatique. De plus, les vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses peuvent entraîner des stress thermiques sur les cultures, réduisant leur qualité et leur quantité. Les secteurs agricoles les plus vulnérables, tels que la viticulture et la production de fruits et légumes, sont particulièrement exposés aux risques climatiques. Ces perturbations peuvent avoir des répercussions sur toute la chaîne alimentaire, de la production agricole à la distribution, en passant par la transformation des aliments, et entraîner des augmentations des prix alimentaires pour les consommateurs. En conséquence, il est essentiel de prendre des mesures d’adaptation et d’atténuation pour renforcer la résilience du système alimentaire face aux défis du changement climatique.
Les agriculteurs doivent faire face à des coûts supplémentaires pour adapter leurs pratiques aux conditions changeantes, notamment en investissant dans des systèmes d’irrigation plus efficaces, en modifiant les méthodes agricoles, ou en sélectionnant des cultures plus résistantes à la chaleur et à la sécheresse.
Conclusion
Face à ces défis imminents, il est clair que l’inaction climatique a un coût élevé pour la France, tant sur le plan économique que social. Les inondations, les vagues de chaleur, la perte de biodiversité et les perturbations agricoles ne sont que quelques-unes des manifestations de ce problème complexe et urgent. Il est essentiel que les décideurs politiques prennent des mesures immédiates et audacieuses pour atténuer les effets du changement climatique et préparer le pays à un avenir plus durable et résilient.
En France, une transition retardée pourrait conduire à près de 1 100 milliards de dollars d’actifs échoués cumulés sur la période, soit près de 50 milliards de dollars par an entre 2030 et 2050. Le scénario retardé aurait pour conséquence une perte de près de -1,5 point de PIB en 2030 et de -5 points de PIB en 2050 (rapport de l’ADEME).
Investir dans des infrastructures résistantes aux intempéries, promouvoir les énergies renouvelables et soutenir l’innovation dans l’agriculture sont autant de mesures cruciales pour protéger la France et ses citoyens des conséquences dévastatrices de l’inaction climatique.
Cependant, en parallèle de ces lourds investissements technologiques et en infrastructure, il existe de nombreuses solutions de proximité pour lutter contre le dérèglement climatique et ses impacts en France. Certaines de ces solutions peuvent être déployées relativement rapidement à une échelle plus locale afin d’atténuer les effets du dérèglement. En voici quelques exemples :
Gestion des îlots de chaleur urbains
- Augmenter la végétalisation urbaine en plantant des arbres et des espaces verts, ce qui aide à fournir de l’ombre et à rafraîchir l’air.
- Encourager l’utilisation de toits végétalisés et de revêtements perméables pour réduire l’effet d’îlot de chaleur.
- Promouvoir la construction de bâtiments à haute performance énergétique et résilients à la chaleur.
Prévention des inondations et gestion de l’eau
- Restaurer et protéger les zones humides et les plaines d’inondation pour servir de zones tampons naturelles.
- Multiplier les solutions de captation des eaux pluviales pour ne pas saturer les réseaux de collecte des eaux usées et économiser l’eau potable pour la gestion des espaces verts.
- Améliorer la gestion des bassins versants et des cours d’eau pour réduire le ruissellement et les risques d’inondation.
- Mettre en place des systèmes de drainage urbain durable, tels que des jardins de pluie et des bassins de rétention des eaux pluviales.
Protection de la biodiversité
- Créer et maintenir des corridors écologiques pour favoriser la connectivité des habitats et permettre aux espèces de se déplacer et de s’adapter aux changements climatiques.
- Favoriser le renaturation avec des végétaux locaux offrant des abris naturels à la biodiversité.
- Promouvoir la gestion durable des terres agricoles et forestières pour préserver la diversité biologique et les écosystèmes.
- Encourager la gestion participative et la sensibilisation communautaire pour la conservation de la biodiversité au niveau local.
Agriculture durable et résiliente
- Accompagner le développement d’un nouveau type d’agriculture écologique sur de plus petite surface en polyculture-élevage permettant de réparer la structure des sols.
- Adopter des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement, telles que l’agroforesterie, la rotation des cultures et la gestion intégrée des ravageurs.
- Favoriser l’agroécologie, qui réduit l’utilisation des intrants chimiques et améliore la santé des sols.
- Promouvoir la diversification des cultures et la sélection de variétés résistantes au climat pour atténuer les risques liés aux conditions météorologiques extrêmes.
Ces solutions de proximité offrent des moyens pratiques et efficaces de lutter contre le dérèglement climatique et de promouvoir la résilience face à ses effets, en s’adaptant aux spécificités locales et en impliquant les communautés dans la transition vers un avenir plus durable. Toutes ces solutions ne sont pas toujours simples à mettre en œuvre et nécessite une conception écosystémique qui s’inscrit dans un horizon à long terme.
Références bibliographiques :
Rapport ADEME – Les risques climatiques et leurs coûts pour la France : Evaluation macroéconomique : modélisation des fonctions de dommages sectorielles et évaluation d’impact. – Novembre 2023.
Rapport WWF — Global Futures : Assessing the global economic impacts of environmental change to support policy-making. – Février 2020.
Les références bibliographiques fournies ci-dessus sont des exemples et ne représentent pas une liste exhaustive des études disponibles sur le sujet. Il est recommandé de consulter d’autres sources scientifiques pour une compréhension approfondie du coût de l’inaction climatique.